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Images en Dermatologie |
Février 2012 |
EDITORIAL
Sais-tu que lorsque je faisais mes études de médecine,
j’avais le foie dans la peau ? Cette passion m’était venue
lors d’un stage dans un service de maladies infectieuses
durant lequel j’avais eu à prendre en charge un patient
qui présentait un ictère cutanéomuqueux au retour
d’un séjour en Guyane.
N. Dupin
TRIBUNE
Crise économique, révolution numérique, contrefaçon du métier de la presse,
dérapages des médias grand public sur les sujets de santé, image ternie dumonde
médical, monopole de l’indexation des revues en langue anglaise... Lapresse
desprofessionnels de santé n’a pas manqué d’être malmenée ces dernières années au point
d’être sérieusement mise à mal, voire d’être menacée...
Et paradoxalement, en 2011, comme les années passées*, tous les lecteurs ont souligné
d’une voix unanime la valeur de l’écrit scientifi que en langue française et sa place dansleur
formation continue (84 % des praticiens interrogés reconnaissaient dans lapresse
médicale un élément essentiel dans leur formation, devant la participation àun congrès
[73 %], la lecture de manuels [72 %], l’Internet [66 %] et les séances d’enseignements
postuniversitaires [EPU] organisées par les associations professionnelles [51 %]).
C. Damour-Terrasson
La formation continue des médecins libéraux figure parmi les sujets qui,
au fil du temps, ont le plus inspiré les ministres de la Santé successifs,
l’un défaisant ce que l’autre avait mis en place avant lui.
Le pire, c’est qu’à chaque fois la gestation des nouveaux dispositifs de formation
est tellement longue qu’ils n’ont pas le temps d’être appliqués, ou si peu,
avant d’être balayés. Dernier exemple en date, il aura fallu attendre 12 ans les décrets
d’application de la dernière réforme de 1994, instaurant la formation médicale
continue (FMC) et l’évaluation des pratiques professionnelles (EPP), qui sont dès
à présent balayés par la loi Bachelot et son développement professionnel continu
(DPC). Ce nouveau dispositif fera-t-il exception à la règle ?
M. Chassang
LE COUP D'OEIL
Un homme de 42 ans consulte pour des lésions de la face dorsale des 2 mains, apparues
2 ans auparavant, qui s’aggravent depuis l'été précédent ; il se dit de plus en plus
sensible à l’exposition solaire. Il a noté depuis quelque temps l’apparition d’une pilosité
temporale qui le gêne sur le plan esthétique. Il a eu une vie plutôt agitée entre 20 et
30 ans, avec une intoxication alcoolique assez importante et une toxicomanie intraveineuse
sur une courte période dans les années 1990. Il est divorcé, vit en concubinage
et a un fi ls de 12 ans en bonne santé. Il ne prend aucun traitement, à l’exception de
zolpidem tartrate de temps en temps. Il ne consomme plus d’alcool depuis 5 ans.
N. Dupin
L'INTERFACE
Une femme de 52 ans, originaire du sud de l’Italie, consulte pour des lésions
des 2 jambes apparues plus de 2 ans auparavant.
Ces lésions évoluent par poussées entrecoupées de rémissions de durée variable et
sont volontiers provoquées par la marche et la station debout. La patiente travaille
dans le prêt-à-porter et est habituée à voyager fréquemment. Dans ses antécédents, on
note une plastie mammaire une dizaine d’années auparavant et l’exérèse d’une lésion
du visage 20 ans plus tôt. Elle ne prend aucun traitement. Elle a par ailleurs constaté
depuis 5 ans que ses doigts des 2 mains devenaient blancs pendant les périodes de
grand froid et se plaint de douleurs articulaires avec un petit dérouillage matinal depuis
1 an. Son médecin traitant a fait pratiquer un bilan, qui est normal, en dehors d’une
cytolyse hépatique avec des ALAT à 70 UI/l (N < 40 UI/l).
N. Dupin
L’épidémie récente de rougeole a permis de confirmer que celle-ci
est un virus hépatotrope, du fait de la fréquence non négligeable des
atteintes hépatiques dans cette infection. Après la présentation du cas d’un
jeune patient ayant eu une rougeole avec hépatite, nous détaillerons les aspects
épidémiologique, clinique, biologique et histopathologique de l’atteinte hépatique
secondaire à la rougeole.
N. Kramkimel
LITTÉRATURE
Le tatouage est caractérisé par l’introduction de pigments
dans le derme pour obtenir un dessin permanent, et le
piercing, par la mise en place durable d’une ornementation
(le “piercing” proprement dit), dont la fi xation traverse la peau
et, parfois, le cartilage. Dans les 2 cas, l’effraction de la barrière
cutanéomuqueuse s’accompagne d’une effraction des capillaires
sanguins, avec un saignement modéré et transitoire mais
suffi sant pour exposer au risque d’infection par des germes
transmis par le sang (virus des hépatites ou VIH). L’association
entre ces ornementations corporelles et le risque d'hépatite B
(VHB) est connue depuis les années 1980-1990, mais les études
les plus récentes la retrouvent rarement.
N. Kluger
L'EXCEPTION
Une infi rmière âgée de 26 ans réalise, dans le cadre d’un accident d’exposition au sang,
un bilan hépatique qui met en évidence des anomalies, avec des ALAT à 1,5 × N (limite
supérieure de la normale), des GGT à 1,7 × N et des phosphatases alcalines à 1,1 × N.
Elle n’a pas d’antécédent personnel en dehors de migraines. Le contexte familial
retrouve une maladie de Rendu-Osler (MRO) touchant sa mère, sa tante maternelle
(transplantée hépatique), ses grand-mère et grand-tante maternelles. Cliniquement,
la patiente décrit de rares épistaxis. Il existe quelques télangiectasies cutanées, ainsi
qu’au niveau du palais et de la langue. L’auscultation retrouve un souffl e en regard de
l’aire hépatique. Il n’y a pas de signe d’hypertension portale. La fonction hépatique est
conservée et le bilan d’hépatopathie virale, auto-immune ou de surcharge est négatif.
M. Corouge, S. Silvera, V. Mallet, P. Sogni
LE PIÈGE
Une femme de 65 ans consulte en février 2009 en dermatologie pour des érosions et
des lésions croûteuses et douloureuses des lèvres prédominant sur la lèvre inférieure.
Elle est traitée par interféron pégylé (PEG-IFN) en association avec la ribavirine pour
une hépatite C depuis 2 mois et demi. Elle a consulté à plusieurs reprises pour ces
lésions des lèvres, qui ont été “étiquetées” herpès labial, mais elle n’observe aucune
amélioration malgré plusieurs cures de traitement par valaciclovir. Elle présente depuis
une dizaine de jours des douleurs endobuccales qui gênent son alimentation. À l’examen
clinique, vous constatez une chéilite érosive et croûteuse en bordure de laquelle vous
notez des lésions érythémateuses et lilacées recouvertes d’un fi n réseau blanchâtre
(fi gure 1). L’examen endobuccal retrouve les mêmes lésions réticulées et blanches des
faces jugales (fi gure 2). Le reste de l’examen dermatologique ne montre pas d’anomalie,
et l’examen de la muqueuse génitale et de la muqueuse anale est normal.
N. Dupin, A. Vallet-Pichard, S. Pol
Un malade de 37 ans consultait en avril 2001 pour une fièvre oscillante à
prédominance vespérale évoluant depuis 3 semaines et une éruption
cutanée.
Ce patient homosexuel avait pour principaux antécédents une hépatite B guérie, un
condylome anal opéré, une consommation excessive d’alcool (environ 100 g/j entre
1985 et 1987). L’interrogatoire ne notait aucun signe fonctionnel associé à la fièvre
en dehors d’une asthénie.
N. Dupin, P. Podevin, C. Bredin, H. Brihier, S. Chaussade
MISE AU POINT
L’hépatite C chronique est un problème de santé publique
avec 300 à 400 millions de personnes infectées dans le
monde (1). La prévalence en France est évaluée à 0,84 %
de la population, et on estime à environ 230 000 le nombre de
personnes avec une multiplication virale (2). Son histoire naturelle
est marquée par la constitution d’une cirrhose dans environ
20 % des cas, avec une durée moyenne de constitution de 20 à
30 ans environ (3). La fréquence de cette évolution et sa rapidité
de constitution dépendent de la présence ou non des facteurs
de risque de développement de la fibrose, qui sont : l’âge du
patient, l’âge au moment de la contamination, la durée d’évolution,
la surconsommation d’alcool, un syndrome métabolique,
une co-infection par le VIH ou le VHB, et une immunodépression
non liée au VIH (par exemple chez les patients transplantés).
P. Sogni
THÉRAPEUTIQUE
Une patiente de 60 ans est adressée à la consultation de dermatologie de notre
hôpital pour avis sur une éruption cutanée, alors qu’elle a commencé un traitement
anti-hépatite C 4 semaines auparavant. Cette patiente a une intoxication tabagique
non sevrée estimée à 40 paquets-années. Dans ses antécédents, on note une transfusion
en 1980 lors de sa première grossesse, dans le cadre de la prise en charge
d’une hémorragie de la délivrance. En 2007, devant une asthénie et des perturbations
modérées du bilan hépatique, une infection par le virus de l’hépatite C (génotype 1)
a été diagnostiquée. Un premier traitement associant interféron pégylé (PEG-IFN)
et ribavirine a été entrepris fin 2007 et interrompu après un échec virologique, alors
qu’il était bien supporté, notamment sur le plan cutané. La patiente a été suivie
régulièrement pendant les 3 années suivant son traitement.
N. Dupin, B. Milpied, L. Allanore, N. Wallet-Faber, V. Mallet, S. Pol
Un homme de 56 ans ayant pris de l’Augmentin® (amoxicilline, acide clavulanique) en
automédication pendant 4 jours pour une furonculose banale présentait 7 jours après
un ictère cutanéomuqueux avec urines foncées et selles décolorées. Après 3 semaines,
il remarquait également l’apparition d’une éruption cutanée des membres supérieurs
et inférieurs, à type de macules érythémateuses et prurigineuses ; il consultait alors
son médecin traitant.
S. Cosconéa, N. Franck, P. Sogni